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Le bonheur chez Descartes

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Atteindre la « souveraine félicité »[1], chez Descartes, demande de chercher en nous-mêmes. Les « âmes vulgaires » se fourvoient en attendant le bonheur de biens extérieurs. Certes, les honneurs, les richesses ou la santé sont des biens, et les posséder favorise le bonheur. L’homme gâté par le sort peut bien être heureux. Mais parce que ces biens ne dépendent pas de nous, ce n’est qu’un bonheur en sursis. Ayant peut-être moins qu’un autre été poussé à développer ses ressources intérieures, l’homme chanceux s’expose à une cuisante déconvenue dès que le vent de la fortune aura tourné. Au contraire, le sage est celui qui a compris que la béatitude, définie comme « parfait contentement d’esprit » et « satisfaction intérieure »[2], ne pouvait venir que de ses capacités propres. Dès lors, s’il est lui aussi favorisé par la fortune, ce bonheur viendra se surajouter, mais sans remplacer la béatitude, plus fondamentale. Si deux hommes sont également sages, le plus chanceux sera le plus heureux.

Que faut-il faire ? Descartes précise que la plénitude n’est pas absolue mais relative, chacun peut donc se rendre entièrement content et satisfait. Il prend ici l’image de deux vaisseaux de transports de marchandises : le petit peut être aussi plein que le gros, même s’il transporte moins de liqueurs[3]. Il y a donc une démocratisation du bonheur chez Descartes, tous peuvent accéder également au bonheur, malgré une inégalité des chances au départ. Chacun peut être satisfait, pour autant que ses désirs ne soient pas chimériques et n’excèdent pas ses capacités propres. Un petit bateau qui désirerait se remplir au-delà de ses capacités ne pourrait que sombrer.

Le ressort de la félicité va donc consister à rendre adéquat ses désirs et ses capacités. Être sage, c’est « tâcher toujours plutôt à [s]e vaincre que la fortune, et à changer [s]es désirs que l’ordre du monde »[4]. Ce qui passe d’abord par une prise de conscience : la maladie, la souffrance font partie des aléas de toute vie et n’épargnent personne. Vouloir en être exempté n’est pas raisonnable, c’est se vouloir « plus qu’humain ». Dès lors, il n’y a pas lieu d’accuser la mauvaise fortune pour ce qui relève simplement de l’ordre du monde. Se vouloir en bonne santé quand on est malade, c’est comme vouloir des ailes quand on en n’a pas, c’est avoir des désirs « plus qu’humains ». Désirer ce qui ne peut pas être, c’est résister injustement à l’ordre du monde, rien de bon n’en sortira.

Le chemin vers le bonheur consiste donc à apprendre à calibrer ses désirs sur ses capacités propres, ce qui demande de respecter 3 règles :

  • user de sa raison pour évaluer les situations afin de déterminer en chacune quelle est la meilleure conduite à tenir
  • affermir sa volonté, c’est-à-dire prendre la résolution ferme de toujours suivre les conseils de la raison en ignorant les sirènes de la passion
  • Éviter trois écueils : les désirs excessifs, les regrets et les remords, qui sont de puissants freins à la souveraine félicité

Les désirs excessifs se combattent par la connaissance et le bon usage de la raison. Si je comprends quelle est ma nature (si je suis un gros ou un petit bateau), si je comprends que je ne peux changer l’ordre du monde, alors je ne peux avoir que des désirs propres à être satisfaits, je ne gaspille pas mon énergie à vouloir ce qui ne peut advenir. Éviter les regrets et les remords se fait en étant ferme dans sa résolution de suivre toujours sa raison. Celle-ci n’évite pas l’erreur ou les conséquences malheureuses, mais si nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour améliorer ou maintenir notre situation, si nous faisons toujours de notre mieux, alors nous devons être contents de nous-mêmes malgré les aléas de la vie. Tant que j’aurais fait de mon mieux, je n’aurai rien à me reprocher.

Finalement, « la plus grande félicité de l’homme dépend de ce droit usage de la raison »[5]. Pour éviter que la raison ne se trompe de bonne foi et ne nous pousse vers des choses mauvaises, il convient de l’entraîner. L’entraînement de la raison à penser droit s’appelle la philosophie. Descartes, comme Platon ou Aristote avant lui, place donc la racine du bonheur dans la pratique de la philosophie.

Le bonheur chez Kant

Emmanuel Kant, philosophe allemand (1724-1804) passe toute sa vie à Koenigsberg (actuel territoire russe), où il se consacre à l’étude et à l’enseignement. Son œuvre immense  s’intéresse à tous les sujets. De santé très fragile, mais se sentant investi d’une importante mission, il la mène à bien en économisant ses forces par une hygiène de vie stricte et routinière. La légende veut d’ailleurs que les habitants aient réglé leur montre sur la promenade digestive du philosophe. Lorsqu’il s’éteint, ses derniers mots furent « c’est bien ». 

Kant

Au siècle des lumières, alors qu’un enthousiasme pour le progrès sensé apporter et répandre le bonheur se lève parmi les penseurs, la conception kantienne du bonheur apparaît plus sombre. C’est que, contrairement aux philosophies eudémonistes d’Aristote ou d’Épicure, Kant ne fait pas du bonheur le bien ultime (le souverain bien) que l’homme puisse rechercher. Continue reading

Le bonheur chez Aristote

Philosophe de l’antiquité grecque (384-322 AVJC), Aristote rentre à « l’Académie » de Platon à l’âge de 17 ans et restera son disciple pendant 20 ans. Mais celui qui se disait « ami de Platon et plus encore de la vérité » critiquera les idées du maître et finira par fonder sa propre école (« le lycée »). En 343, il est choisi pour devenir le précepteur du futur Alexandre le Grand. Accusé d’impiété à la mort d’Alexandre, il doit quitter Athènes et s’exiler.

•    Pour Aristote, le bonheur est le but de la vie humaine, le bien suprême.
•    Le bonheur est un bien qui n’est pas fourni par l’extérieur mais qu’on doit trouver en soi-même, dans sa propre activité.
•    On le rencontre quand on concrétise nos spécificités d’êtres humains, c’est-à-dire quand on agit et qu’on le fait de façon raisonnée.
•    Le rapport à l’autre, et notamment l’amitié, sont des éléments importants du bonheur. Continue reading