À quoi je sers ? (exercice, 4ème partie)

Voici la dernière partie de notre réflexion sur les moyens de trouver du sens dans notre activité. La relier à ce qui est plus grand que nous, c’est aussi éviter un certain nombre d’écueils propres à nous pourrir la vie. Réfléchissons donc un instant à toutes les mauvaises attitudes contre-productives que nous adoptons parfois :

4- Comment rendre mon activité pénible ?

La première des erreurs est évidement de prendre le contre-pied de tout ce que nous avons vu dans les 3 parties précédentes, soit : ne pas voir plus loin que le bout de son nez que ce soit au niveau micro, local, régional ou global. C’est donc se concentrer uniquement sur sa tâche et ne la décrire que de façon fonctionnelle. Par exemple, pour continuer avec notre professeur d’espagnol : tout ce que je fais, c’est lire et corriger des exercices, etc…

La seconde est la description négative. Non seulement on peut en rester au niveau strictement fonctionnel de notre activité, mais en plus, on peut la décrire de la façon la plus négative possible,  histoire de bien s’imprégner le cerveau d’enthousiasme.  Ce qui donne ici : je fais de la garderie gratuite en faisant le guignol devant des ado endormis qui s’en foutent de l’espagnol…

La troisième est l’anticipation négative. Parfois, nous allons à reculons au travail, à une réunion, nous repoussons sans cesse une tâche qui nous semble pénible. Ce faisant, nous la faisons grossir et il y a fort à parier que le moment ne soit effectivement pas très agréable. Or, avec cette attitude, on devient responsable d’une bonne  partie du désagrément que la tâche nous procure. Exemple : pfff, ça me gonfle ce conseil de classe jeudi prochain; ça va durer des heures; machin va monopoliser la conversation, truc va me demander des comptes… La tâche n’a pas commencé qu’elle pèse déjà des tonnes…

La quatrième façon de se pourrir le travail est de mettre trop d’affectif dans notre activité et de faire de tout une affaire personnelle. Parfois, on prend une critique sur un aspect de notre travail comme une remise en cause globale de notre valeur personnelle, on pense que l’insistance appuyée d’un chef pour obtenir quelque chose traduit une incompatibilité de personnalités. C’est un peu oublier que nous ne sommes qu’un rouage dans une organisation plus large qui a ses propres objectifs et que le monde ne tourne pas autour de notre petite personne.

Une autre façon pour rendre notre activité pénible est de toujours se dire « ce sera mieux après ». Supporter le fardeau en se disant que ce n’est que pour un temps a tendance, contrairement à ce qu’on essaie de faire, à nous remettre le nez dans le guidon. Excellente façon, là encore de ne pas voir plus loin que l’activité du moment, de repousser la recherche de sens à plus tard et de la faire dépendre d’éléments extérieurs. Pour notre professeur d’espagnol : pas terrible ce lycée, difficiles ces classes, mais l’année prochaine j’aurai de nouvelles classes et dans 5 ans j’aurai assez de points pour une mutation…

Encore une idée : se croire dans une jungle où le collègue est un loup pour le collègue. Moins valable pour notre professeur d’espagnol, mais très fréquent dans toutes les entreprises et même les administrations à avancement. Si on croit toujours que nos collègues n’ont qu’une envie : nous planter un couteau dans le dos pour se faire bien voir du chef et progresser plus vite, nous tenons là une excellente façon de bien pourrir inconsciemment nos rapports avec ces collègues et de se mettre sous tension. Difficile ensuite de se sentir en lien dans ces conditions et d’en retirer des bienfaits.

Enfin, une façon insidieuse de se rendre le travail pénible et de rendre plus difficile d’y trouver du sens est de ne pas faire respecter ses droits. Pour pouvoir trouver du sens dans une activité, pour avoir vraiment la sensation de servir à quelque chose et de participer à plus grand que soi, il faut être conscient de sa place. Ceci passe par un sentiment de légitimité et le respect de soi. Par conséquent, trouver son utilité, c’est aussi trouver SON utilité : savoir à quoi je sers doit me mettre en lien avec quelque chose qui a du sens, ce qui signifie que je ne dois pas servir à « faire le travail des autres », « rendre service au chef » ou « dépaner untel qui a besoin de ses vacances à tel moment ». Il y a donc une clarification à faire entre rendre service et se faire bouffer.

 

 

 

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